L’Eglise demeure le premier réseau social avec ses habitués et ses exclus

Notre-Dame-de-Lorette façade Sud. Crédits : Lisezmoi.blogspace.fr

L’orgue joue pianissimo ce matin à Notre-Dame de Lorette. Une femme de ménage noire en bleu de travail balaie le sol marbré. Ses gestes sont précis, mécaniques. Elle passe la serpillère, essore, puis recommence. Elle rallume les bougies dès qu’elles s’éteignent. Ses chaussures couinent.

En face, une retraitée s’installe au quatrième rang. Son sac sur les genoux, le regard sur les peintures murales, elle arrête ses yeux devant l’autel vide. Le métro sous les pieds fait vibrer les chaises de prière. Des voix féminines mais invisibles s’esclaffent à l’entrée. La vieille femme s’en va. Une octogénaire la remplace. Une écharpe rose autour du cou, elle sourit : un jeune homme vient de s’asseoir au dernier rang.

De l’extérieur, un klaxon retentit. Une femme d’âge mûr entre. Croix et médaille de baptême autour du cou. Elle se penche sur une vitrine. La femme de ménage réapparait. Son balai cogne les coins. Les occupants râlent. Dehors, une dizaine de femmes écoutent religieusement une guide d’une trentaine d’années : « L’église est d’inspiration gothique et romaine. » « Aaah », répondent, en cœur, les élèves attentives.

Une camion-poubelle, et ses odeurs nauséabondes, passe. Une adolescente au regard perdu et aux chaussures jaunes les dévisage.  A sa droite, un adolescent fait les cent pas. Le chewing-gum en bouche, le portable à la main droite, il pianote. A côté de lui, quatre Américains regardent l’église : « What’s  this ? » « It’s Notre-Dame-de-Lorette », réplique l’un d’eux. Le jeune homme, lui, a retrouvé le sourire. Il est au téléphone : « Oui ça va ? Tu fais quoi ? Tu me manques ! »

A l’entrée, reste, seule, une quadragénaire indienne. Elle est vêtue d’un t-shirt beige, d’un pantalon marron, de sandales blanches et de chaussettes grises. Assise sur un sac plastique bleu et un gobelet beige dans la main, elle fait la manche. Les pigeons, eux, picorent de maigres miettes et sautillent de marche en marche.

César Armand

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