Choisir entre voyager moins cher ou voyager mieux

L'annonce du prix unique pour le passe Navigo suscite déjà des réserves (copyright : Le Parisien)

L'annonce du prix unique pour le passe Navigo suscite déjà des réserves. Crédits : Le Parisien.fr

Une nouvelle tarification du réseau de transports franciliens devrait voir le jour dès 2013, permettant aux usagers de payer le même prix pour se rendre dans n’importe quelle zone. Mais les associations d’usagers du RER s’interrogent sur son utilité.

Plus on habite loin, plus on paye. C’est le principe de la tarification des transports en commun. Un principe qui vient d’être remis en cause par le groupe d’Europe-Ecologie les Verts au conseil régional d’Ile de France. Vendredi 2 décembre, un accord a été trouvé avec le parti socialiste pour établir un pass navigo à tarif unique : 62 euros par mois pour voyager sur toutes les zones du réseau.

« L’objectif numéro un de cette mesure est de créer plus d’égalité entre les voyageurs, plus de solidarité entre les territoires. Ceux qui habitent loin et disposent de faibles revenus sont pénalisés par la tarification actuelle», explique Philippe Sainsard membre PS de la commission des Transports et Mobilités du conseil régional et administrateur du Stif (syndicat des transports d’Ile de France).

Problème : le Stif a évalué à 90 euros l’abonnement mensuel pour rester à l’équilibre budgétaire. La mise en place du pass navigo reste donc conditionnée à son financement, chiffrée entre 550 millions d’euros par l’opposition UMP et 250 millions les Verts. « Elle ne doit rien couter aux collectivités » assure Philippe de Sainsard.

Les Verts envisagent donc de taxer davantage les entreprises, qui contribuent déjà à plus de 40% du budget du réseau de transports francilien. Jean-Claude Delarue, porte parole de la Fédération des Usagers et Transports et des Services Publics, reste sceptique « On saura si c’est envisageable le jour où on connaîtra les sommes ».

Pour Eva Sheldrick, vice-présidente du Comité des Usagers du RER B en Vallée Chevreuse, « Le pass navigo à tarif unique est une bonne chose dans l’absolu, mais il faut calculer. Partout on dit qu’il n’y a pas d’argent et on a la folie des grandeurs avec le Grand Paris. Et à côté, on a des lignes mal entretenues, des voitures qui ont plus trente ans… ».

Coup de frein à la modernisation

La question se pose : le financement du pass navigo à tarif unique ralentira t-il celui consacré à la modernisation du réseau ? Les associations d’usagers en ont peur. « On craint que cela assèche les offres d’amélioration pour cinq ans ou dix ans » estime Yves Boutris, vice-président de l’Association des Usagers et Transports d’Ile de France. « On a déjà des couts inévitables à supporter dus à l’exploitation et à l’ouverture de nouvelles rames. » « Comment compte-t-on effectivement le financer alors qu’on a un retard important d’investissement à rattraper dans les transports en banlieue ? » s’interroge Frédéric Linarès, président d’ADURERA, association de défense des usagers du RER A.

Pour tous cependant, la tarification doit bien être simplifiée. Yves Boutris se félicite d’ailleurs du principe du complément de parcours. Grâce à ce dispositif, les abonnés détenteurs d’un passe sur les zones 1 et 2 et doivent de rendre en zone 5, n’auront qu’à payer en plus le voyage sur les zones 3, 4 et 5. « A la limite, on aurait pu en rester là ».

Mais établir un tarif unique à bas cout n’est pas la priorité. « Notre priorité, c’est que les trains roulent, qu’ils arrivent à l’heure et que les gens soient moins serrés » répond Jean-Claude Delarue. Le confort passe avant le prix. « On préférait ne pas choisir entre les deux, mais en tout logique, la qualité doit être au rendez-vous, sinon à quoi cela sert-il d’avoir une baisse de coût ? Cherche-t-on à avoir des transports low-cost ? » s’interroge de nouveau Frédéric Linarès.

D’autant que la plupart des pass navigo sont payés pour moitié par les employeurs, rappelle Yves Boutris. Et la tarification unique ne concernerait que les 19% des usagers franciliens qui achètent des abonnements mensuels.

Loin d’être une priorité donc pour les associations d’usagers, cette mesure pourrait même avoir de mauvaises conséquences sur la fluidité du trafic. Car l’idée d’EELV est aussi d’inciter les voyageurs à délaisser leurs voitures pour les transports en commun. « Nous craignons que cela congestionne encore plus les échanges Paris-Banlieue, qui sont ceux qui fonctionnent le moins bien » affirme Frédéric Linarès. « Les lignes sont saturées, confirme Yves Boutris. Il ne faudrait pas que les gens changent leur mode de transport, le trafic ne pourrait pas le supporter. Il faut aller progressivement ». D’abord la modernisation du réseau, ensuite une nouvelle tarification. En d’autres termes : ne pas mettre la charrue avant les bœufs.

Elodie Corvée

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