Vendre des BD, une histoire d’expérience et de sensibilité

Une passion nommée bande-dessinée . Crédits : le Cercle de l'Info

Au rayon des boutiques un peu particulières, il y a la librairie. Celle façonnée avec amour par des passionnés qui en oublient parfois qu’ils exercent un métier. Exemple au Petit Roi, une boutique parisienne de bandes dessinées.

Au 39 passage Jouffroy à Paris, des bacs en bois remplis de vieux livres d’illustrations incitent les piétons à ralentir un instant. Certains s’arrêtent, regardent, et se décident à franchir le pas de la porte vitrée de la librairie Petit Roi. Il faut les suivre à l’intérieur pour découvrir un univers à part, celui des albums un peu oubliés et des grandes collections de bandes dessinées.

Christian Journé, le patron, a décidé d’ouvrir la boutique en octobre 2009, accompagné de Claire et Louis, les vendeurs. Comme eux, Christian est passé par les Quais de Seine, où il a travaillé comme libraire. Puis son stock s’est agrandi, son expérience et son ambition aussi. Il a décidé de se mettre à son compte. S’il ne s’était pas lancé, ce sexagénaire à la barbe blanche et à l’air un peu rêveur, ancien professeur de mathématiques et de tennis, l’aurait « regretté toute sa vie ».

Une dizaine de clients potentiels entrent au compte-goutte. D’abord intimidés par les hautes étagères en bois de chêne, ceux à la recherche d’un ouvrage particulier viennent se renseigner auprès des vendeurs. D’autres repartent les mains vides. Un jeune homme fouille pendant une heure parmi les quelques 120 000 bandes dessinées soigneusement classées. Il s’en va, l’air comblé, avec trois albums à la main. Pas ceux qu’il était venu chercher.

Au Petit Roi, c’est la passion de la bande dessinée qui parle. On s’intéresse au client et on le conseille selon ses propres goûts, sans forcer. « Ce que nous cherchons, ce n’est pas le billet de banque. L’argent n’est que la concrétisation d’un acte de vente », affirme Christian.

Lui et Louis peuvent s’appuyer sur une longue expérience de la bande dessinée. Tous deux ont commencé leur collection à l’adolescence, et essayent de rassembler des albums transversaux, pour répondre aux goûts des acheteurs. « Quand on choisit les ouvrages que l’on va vendre, on ne peut parier sur rien car il n’y a pas de client identique. On le fait selon notre expérience et notre sensibilité, en sachant qu’ils ne seront peut-être pas tous vendus », explique Louis, positif.

Dans ce métier, il faut savoir rester optimiste. Les ventes sont en baisse, et la crise économique et Internet ne viennent pas faciliter la tâche des petits libraires. Au Petit Roi, on admet que les conditions de travail sont parfois délicates : « Je ne suis pas au sommet de la Tour Eiffel, mais je m’en sors bien», avoue Louis, avec un sourire timide. Christian, lui, vient de remonter le moral à un collègue libraire. « Il est au trente-sixième dessous. C’est difficile de vivre de sa passion, admet le sexagénaire. Moi, je ne gagne même pas un salaire ».

Dans cette « lutte sans merci », il faut parfois se rappeler qu’on est aussi commerçant. « Il ne suffit pas d’aimer, concède Christian. J’ai dû me mettre aux papiers, à la gestion, sinon on coule ». Pourtant, le patron du Petit Roi refuse d’être blasé : « Malgré les difficultés, il faut toujours savoir être content de la rencontre du client, et de la pièce d’art qu’on lui vend ». 

Morgann Jezequel

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