Archives de Catégorie: Culture

La sensibilité inclassable d’Edward Barrow

Edward Barrow offre une musique complexe et mélancolique oscillant entre la pop, le folk et l’électro. Trois mois avant la sortie de son album « The Black Tree », le chanteur dévoile un univers empreint de nostalgie et d’émotion. Rencontre.

Vous avez déjà un EP à votre actif « Life is beautiful » et votre second album « The Black Tree » est en pressage. Avez-vous toujours fait de la musique ?
Pour moi, la vie c’est la musique. Je chante depuis gamin. J’ai encore vu une vidéo de moi enfant en train de siffler devant un petit clavier. Plus vieux, je me suis d’abord tourné vers des études de théâtre et de chant à la fois. Et puis, il a fallu que je travaille. Plus j’avançais et moins j’avais de temps pour la musique. C’est devenu insupportable. J’ai vraiment pris conscience que je ne pouvais pas faire deux choses en même temps. Alors, il y a trois ans, j’ai décidé d’en faire mon métier.

« Edward Barrow », est-ce un pseudonyme ?
Hé bien non ! Je me suis beaucoup cherché une identité à l’adolescence. J’essayais des anagrammes. Rien ne fonctionnait. Je détestais mon prénom, comme beaucoup. Mon entourage m’a convaincu qu’il n’était pas commun alors je l’ai gardé. Je me souviens qu’un ami a voulu faire écouter ma musique à une de ses connaissances. Elle a refusé en expliquant que rien que le fait d’emprunter un pseudonyme anglo-saxon ne lui en donnait pas l’envie. Pourtant, je ne suis pas Dick Rivers, c’est mon vrai nom. S’il interpelle, alors j’ai bien fait de le garder.

Justement vous écrivez en anglais, comment l’expliquez-vous ?
C’est une langue plus musicale que le français et je trouve qu’elle colle mieux à la sonorité de mes compositions. J’ai une plus grande culture musicale anglo-saxonne que française, ça a sûrement joué. En tout cas, c’est une évidence. Lorsque je prends le temps d’écrire, mes accords se traduisent en anglais. Je ne calcule rien.

Où trouvez-vous l’inspiration ?
Je m’inspire de la vie autour de moi. Ce sont des instants que j’ai besoin de digérer. Plus tard, je les retranscris en musique. J’aime toucher aux sentiments. Mes chansons se transmettent de cœur à cœur ou de ventre à ventre. Elles évoquent des souvenirs, des sensations.

Vous jouez de l’autoharpe, pouvez-vous nous en dire davantage sur cet instrument méconnu ?
Je joue du piano mais pas de guitare. J’ai toujours été frustré car il manquait des cordes à mes créations. Un jour, j’ai découvert une vidéo de June Carter (chanteuse et épouse de Johnny Cash, ndlr) qui jouait de l’autoharpe. C’est une sorte d’accordéon ou de cithare avec des cordes de guitare. En revanche, cet instrument sonne folk. Un vrai problème pour moi qui aime être là où on ne m’attend pas. Du fait, j’ajoute régulièrement des pédales d’effets pour que l’autoharpe me ressemble.

Vous ne vous revendiquez d’aucun genre alors ?
On m’a souvent classé dans la catégorie pop/folk parce que c’est à la mode et le raccourci semblait aisé. Toutefois, je déteste être cloisonné dans mes créations. Pour mon nouvel album, j’ai joué d’influences country et électro. J’espère surprendre et rester inclassable.

« The Black Tree », votre nouvel album, sortira fin mars. Pouvez-vous nous décrire son univers ?
C’est un album résolument plus lumineux que le précédent. Mon premier EP résultait d’une introspection. Je l’ai réalisé seul, dans une démarche que je qualifierais d’autiste. « The Black Tree » est une renaissance. Cette fois-ci, j’ai travaillé avec des musiciens. Nous avons enregistré dans une maison de campagne, les fenêtres ouvertes. On respire en l’écoutant.

Cet album marque un tournant dans votre carrière puisque vous venez de signer avec le label Volvox Music. Que souhaiteriez-vous voir naître de cette collaboration ?
Outre la diffusion de mon album, j’aimerais avant tout qu’il m’aide à obtenir un tourneur pour multiplier les dates de tournée. Volvox étant également éditeur, j’adorerais voir ma musique utiliser dans un film ou un autre projet. Si ma musique pouvait interpeller un réalisateur, je serais comblé.

Que serait, selon vous, la chose que votre public devrait retenir de vous ?
J’espère parvenir à provoquer chez eux l’émotion. La scène me donne plus l’occasion de m’exprimer. Si quelqu’un vient me voir en me disant : « Tu m’as ému », alors j’ai tout gagné.

Infos pratiques :

http://www.edwardbarrow-music.com/

 « The Black Tree » (Volvox Music) à paraître le 24 février en digital et le 19 mars en digipack

Marine Deperne

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Georges Caudron, l’acteur aux 2000 voix

G.Caudron, au centre, avec S.Culp et D. Duchovny. Skyrock.com, RSdoublage.com, celebuzz.com

Si son visage vous est inconnu, sa voix vous sera familière. Georges Caudron est la voix française de David Duchovny (Fox Mulder dans X-Files, Hank Moody dans Californication), Steven Culp (Rex Van De Kamp dans Desperate Housewives) et John Hannah (Jonathan Carnahan dans La Momie). Doubleur et directeur artistique, l’acteur de 59 ans spécialisé dans la synchronisation depuis vingt ans, nous raconte son métier qui « n’est pas du karaoké ».

Vous avez suivi une formation d’acteur aux cours de Jean-Laurent Cochet et à ceux de l’Ecole de la rue Blanche, comment en êtes-vous venu au doublage ?
J’ai d’abord joué au théâtre, puis dans des téléfilms. Mais je n’aimais pas me voir à l’écran, je préférais jouer les seconds rôles. Un jour, on m’a proposé de faire de la synchronisation. Ce fut une révélation. Le doublage c’est le paradis car on peut jouer un introverti, un jeune, un vieux, un gros, un maigre. On multiplie les personnages mais aussi les genres : le lundi on fait un film, le mardi un documentaire, le mercredi un dessin-animé…

C’est aussi rapide que cela la synchronisation ?
En réalité, ça change à chaque fois. Pour le film JFK d’Oliver Stone, où je double l’acteur Vincent D’Onofrio (le personnage de Bill Newman NDLR), il a fallu trois mois de travail. En comparaison, on fait trois épisodes de Californication en deux jours.

Dans Californication justement, vous retrouvez David Duchovny, que vous aviez déjà doublé dans X-Files. C’est une longue histoire vocale entre vous.
La première fois que je l’ai doublé, c’était dans Beethoven en 1992. Il jouait le méchant. Après, il y a eu X-Files qui a duré neuf ans de ma vie. En 2001, je l’ai rencontré durant sa tournée promotionnelle pour le film Évolution. Il est sympa et volubile, à l’image de Hank Moody dans Californication. Je continue d’ailleurs de le doubler pour la cinquième saison de cette série.

Neuf saisons de X-Files, cinq de Californication, David Duchovny a plus de chance que Steven Culp, dont le personnage de Rex Van De Kamp est mort au terme de la première saison de Desperate Housewives. Étiez-vous triste de cette disparition ?
J’étais d’abord stupéfait car on ne s’y attend pas dans le déroulé de la saison 1. J’aimais beaucoup son rôle ambigu : père de famille modèle le jour, amant qui se fait piétiner avec des talons aiguilles la nuit. J’étais aussi un peu déçu mais nous ne sommes pas propriétaires des personnages que nous doublons. Et puis j’ai déjà redoublé Steven Culp six fois depuis Desperate Housewives.

Six fois ? Mais combien de personnages avez-vous doublé depuis le début de votre carrière ?
J’ai la chance de travailler régulièrement pour un intermittent du spectacle. Il peut m’arriver de doubler deux personnages dans la même journée. Je n’ai jamais calculé mais, en vingt ans, j’ai dû en doubler deux mille.

Deux mille personnages et votre voix n’est pas fatiguée. Comment faites-vous ?
Je fais quelques exercices de prononciation avant d’aller en studio mais je ne la travaille pas plus que ça. Finalement, c’est la fonction qui fait l’organe. Le jeu de l’acteur me permet de lui donner la voix française qu’il faut. C’est une sorte de schizophrénie mimétique où il faut être le plus sincère possible.

Malgré cette sincérité, de nombreux spectateurs préfèrent visionner les films en version originale, cela vous étonne ?
Je suis pour une critique objective. Il y a des films qui sont vraiment mal doublés, surtout lorsque ce sont des animateurs, chanteurs ou Miss France dont ce n’est pas le métier qui s’y collent. Par contre, je trouve que les films d’action sont mieux en version française car on peut se concentrer sur les effets et l’action. 

De l’action il y en a dans Assassin’s Creed 2 – Brotherhood où vous doublez la voix du personnage virtuel Shaun Hastings. Quelles sont les spécificités de doublage pour un jeu vidéo ?
C’est très ennuyeux. On répète mille fois les mêmes mots. On se colle sur la voix anglaise sans voir la situation ni la façon dont les personnages virtuels se comportent, c’est très frustrant. Après j’adore tout ce qui diffère de mes habitudes, donc je prends ça comme une récréation.

Pour finir, quel est le rôle que vous avez pris le plus de plaisir à doubler ?
Jonathan Carnahan dans la saga La Momie. Il est anglais, bizarre et rigolo. C’est le plus proche de ma vraie nature.

Anne-Sophie Warmont

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Les éditions de l’Epure, indépendantes et hardies

Les éditions de l'Epure ont encore de belles années devant elles. Crédts : Lieu-commun.fr

Les éditions de l’Epure ont vingt ans. La petite maison d’édition reste fidèle à sa ligne éditoriale : de la cuisine, du graphisme, de l’insolite, beaucoup d’humour. Grâce à la ténacité de Sabine Bucquet-Grenet, sa fondatrice, les livres de cuisine deviennent des ouvrages.

Connaissez-vous dix façons de cuisiner … la badiane, l’araignée de mer, le Coca-Cola ? les épluchures, le thé matcha, le sang ? Les éditions de l’Epure ont fêté leurs vingt ans en septembre dernier, et leur collection « Dix façons de préparer… » compte désormais deux-cent soixante numéros. Mais Sabine Bucquet-Grenet, fondatrice et chargée de la direction littéraire et artistique des éditions de l’Epure, n’est pas très en forme ce matin.

Elle ne trouve pas le téléphone sonnant avec insistance sur sa base. Les bureaux de la maison d’édition, spécialisée en cuisine, ne sont pourtant pas grands. Deux pièces encombrées de livres et de manuscrits, dans une petite boutique rouge pimpant du 14e arrondissement de Paris. D’habitude, elles sont trois à se partager ce petit espace, à relire les manuscrits, assurer le suivi de fabrication.

« Contrairement aux grandes maisons d’édition, où les postes sont très déterminés, à l’Epure, les éditrices sont chacune leur tour coursière, maquettiste, chargée du contenu éditorial… », détaille Sabine. Mais ce jour-là, vacances de Noël obligent, elle est seule. Et contrairement aux grosses maisons, la période des fêtes est une période d’activité intense pour les éditions indépendantes.

Une journée à l’Epure

La journée commence tôt à l’Epure, à 8h, avec la consultation des mails, et les réponses aux propositions de manuscrits. Sabine s’agace des sollicitations incongrues d’auteurs n’ayant visiblement pas pris la peine de se renseigner sur la production de la maison d’édition : « Les gens font n’importe quoi. C’est une vraie perte de temps. » Car si les éditions de l’Epure sont spécialisés dans la gastronomie, leurs ouvrages vont bien plus loin que le simple livre de cuisine, avec une tendance à la littérature, et une mise en avant du graphisme et de l’humour.

Ce sont de « beaux objets », sur des sujets décalés, à l’image de la collection « Dix façons de préparer… », dont les livres sont façonnés à l’ancienne, avec piqûre de cahier d’écolier. « Ces ouvrages sont le reflet de la personnalité des auteurs, en plus de l’aspect esthétique. Il y a des architectes, des historiens, un médecin… Des gens qui ont une vraie passion pour un produit et qui ont envie de la faire partager  », explique Sabine.

Une boutique-bureau très fréquentée

Les clients toquent à la porte vitrée, attirés par les petits livres colorés qui trônent dans la vitrine illuminée. Ils entrent dans la boutique-bureau, saisissent un des petits livrets, en enfleurent le papier ingre, vergé ou vélin. Sabine a souhaité, quand elle a découvert, il y a six ans, la boutique de la rue de la sablière, renouer avec la tradition de l’éditeur-libraire. « Nous pouvons ainsi proposer la totalité de notre catalogue et avoir un contact direct avec les lecteurs. Ce n’est pas facile à mettre en place. Il s’agit aussi de nos bureaux, et il faut accepter d’être dérangé.»

Une avocate, dont le cabinet est à 50 mètres dans la rue, s’enthousiasme : « Je passe devant la boutique tous les jours, je n’avais jamais eu l’idée de m’arrêter. Au bout de six ans, il était temps. »

Léa Bastie

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Pour plus d’infos sur les Editions de l’Epure, cliquez ici.

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Le cinéma, un outil pédagogique pour des gestes écologiques

La région Ile-de-France participe à ce projet en collaboration avec des réalisateurs du monde entier. Crédits : Femina.fr

Hier, s’est tenue la soirée d’ouverture du 29ème Festival International du Film d’Environnement qui se déroule du 7 au 14 février au Cinéma des Cinéastes, dans le 17ème arrondissement de Paris. Le festival, qui a débuté par la diffusion du film d’animation Zarafa, se fixe pour objectif de sensibiliser le public sur la responsabilité écologique de chacun.

Pas de tapis rouge, ni de robes longues devant le Cinéma des Cinéastes à 18h30. Le hall d’entrée revêt des allures de halte-garderie : des enfants courent et crient dans les couloirs pendant que les parents font la queue pour assister, en famille, à la projection de Zarafa. L’année dernière, la 28ème édition avait accueilli plus de 12 500 spectateurs.

Zarafa n’est que le premier film d’une longue série. Le Festival International du Film d’Environnement (FIFE) regroupe 116 courts et longs métrages ou documentaires venus de 34 pays, mais aussi des débats sur le développement durable, les nouvelles énergies ou encore le réchauffement climatique. Le but de ce festival, gratuit pour tous, reste de rassembler un maximum de spectateurs afin de sensibiliser le plus grand nombre aux enjeux environnementaux. Le FIFE, créé en 1982, est le fruit d’une collaboration entre la région Ile-de-France, représentée hier soir par le Président du conseil régional, Jean-Paul Huchon et des réalisateurs du monde entier.

« Si l’écologie est un vecteur militant, le cinéma, lui, est le vecteur d’explication »

Une fois la salle remplie, Jean-Paul Huchon, monte sur l’estrade, sous les applaudissements des 300 spectateurs présents. Pour le président de la région Ile-de-France, il ne fait aucun doute que le cinéma peut faire changer les mentalités quant aux problèmes de l’environnement : « En cette période de crise de l’écologie, les relais d’opinion comme les salles de cinéma restent déterminants. Si l’écologie est un vecteur militant, le septième art, lui, est le vecteur d’explication. La projection d’un film représente l’un des moyens les plus efficaces pour alerter et surtout mobiliser les citoyens. Le travail pédagogique du FIFE est très précieux : informer, éduquer et sensibiliser le plus grand nombre aux risques qui pèsent sur notre planète ».

Organisateurs et membres du jury défilent sur scène pendant plus d’une heure pour rappeler l’objectif du festival qui est de donner à voir la situation écologique du monde avec des supports gratuits de grande qualité. Pour eux, le cinéma permet de sensibiliser à l’écocitoyenneté en incitant le public à la réflexion et à l’action. Pour les plus jeunes, l’attente est longue: « C’est quand que le film commence ? ».

« Le dernier bastion pour faire passer des idées est le cinéma »

Brigitte Roüan, réalisatrice et présidente du jury prend à son tour la parole : «La première question qui me soit venue à l’esprit en visionnant ces films a été : quel est leur destin ? Un jour, le réalisateur Théo Angelopoulos m’a dit que le dernier bastion de la résistance pour faire passer des idées était le cinéma. Il faudrait faire visionner ces films aux enfants, dès la maternelle, pour les éduquer aux gestes simples et faire changer les mentalités des nouvelles générations ».

Des films en compétition pour illustrer les initiatives personnelles ou collectives qui, à travers le monde, tentent de construire un avenir durable et respectueux des hommes et de la nature. Le meilleur film sera récompensé du Grand Prix du jury le 14 février, assorti d’un chèque de 10 000 euros. L’an dernier, Wasteland avait décroché la palme.

Jean-Paul Huchon conclut la cérémonie par une citation d’Al Gore, ancien candidat à l’élection présidentielle des États-Unis : « Pour modifier en profondeur nos manières d’appréhender le monde, il faut avant tout prôner la politiques des esprits ». Les lumières s’éteignent sous les applaudissements, chut, la leçon peut commencer.

Éléonore Friess

Festival International du Film d’Environnement du 7 au 14 février 2012 au Cinéma des Cinéastes et en Ile-De-France

Renseignements sur www.festivalenvironnement.com ou au 01.53.42.40.20

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A Saint-Denis, révolutions sur grand écran

Jusqu’au 7 février, le cinéma L’Ecran à Saint-Denis (93) propose une programmation exceptionnelle sur la thématique des révolutions dans le monde.

L'affiche du festival est inspiré d'un personnage du film "Les Chants de Mandrin", diffusé lundi 6. Crédits : Cinéma L'Ecran

« Est-ce ainsi que les hommes vivent ? », s’interrogeait Louis Aragon, célèbre poète du XXe siècle. Depuis l’an 2000, le cinéma L’Ecran a pris le relais, à Saint-Denis (93). Pour la 12e année consécutive, le cinéma d’art et d’essai dionysien s’interroge sur des grandes questions de société à travers des films actuels ou anciens, pendant une semaine. En 2009, le festival avait réagi à l’élection de Barack Obama à la présidence américaine en présentant une thématique « Black Revolution ».

En 2012, un fil rouge s’imposait : le Printemps arabe. Pendant une semaine et 70 films, le festival s’intéresse à toutes les révolutions, grâce au formidable point de départ des soulèvements nord-africains. « Nous voulons jeter un regard sur la manière de parler des cinéastes pendant les révolutions », explique Boris Spire, directeur de L’Ecran depuis 2004.

Les révoltes cubaine, russe, hongroise ou mexicaine sont notamment au programme. La France aussi, avec La Marseillaise de Jean Renoir (1937), qui raconte l’engagement de jeunes provençaux dans la Révolution française de 1789. Ou Grands soirs et petits matins (1968-78), qui se concentre sur Mai 68. William Klein, le réalisateur, rencontrera le public de L’Ecran vendredi soir, après la diffusion de son film (20h15).

Le Bon, la Brute et le Truand version égyptienne

Le cinéma étranger s’attarde également sur les révolutions françaises. L’Américain David W.Griffith conte la vie de deux orphelines quelque temps avant la Révolution, dans Orphans of the Storm (1921). Les Russes Kosintsev et Trauberg se sont intéressés au Paris de 1870 avec la naissance de la Commune insurrectionnelle, dans La Nouvelle Babylone.

Samedi après-midi, Le Bon, la Brute et le Truand version égyptienne. Pendant une heure et demie, un documentaire (Tahrir 2011) découpé en trois séquences : The Good décrypte l’action des révolutionnaires, The Bad se concentre sur les méthodes de répression de la police, alors que The Politician s’occupe de la personnalité du dictateur déchu, Hosni Moubarak.

Samedi soir, l’Association du cinéma euro-arabe propose 16 courts-métrages sur le Printemps arabe. Certains sont des work in progress, c’est-à-dire qu’ils sont en cours de réalisation, comme Brûlures de Farah Khadhar qui s’interroge sur les conséquences de la révolution tunisienne, ou Yémen : La révolution au féminin de Khadija Al-Salami. Le collectif syrien Abounaddara signe une série de sept court-métrages, alors que révolte et répression sont toujours au cœur du quotidien du peuple de Syrie.

Résonnance des révolutions, de la Bastille à Tahrir

« Ces films sont l’illustration du renouvellement cinématographique », explique Boris Spire. Des images souvent captées avec «  de petites caméras, des téléphones ».

Jeudi soir, la société iranienne et le régime d’Ahmadinejad étaient au centre des débats avec Iran About et Fragments d’une révolution. Des témoignages et vidéos anonymes racontaient le soulèvement de 2009 en le rapprochant avec celui de 1979. Un peu plus tôt, c’était la Roumanie de Ceaucescu.

"Il était une fois la révolution", de Sergio Leone, sera diffusé dimanche soir. DR

La force de ce festival est de mettre en résonnance plusieurs mouvements de divers pays, diverses époques. Le 89 arabe, livre de Benjamin Stora et Edwy Plenel, sera l’objet d’une table ronde, dimanche soir, autour des deux auteurs et des liens entre le 89 de la Bastille, le 89 du Mur de Berlin et les révolutions arabes.

« Le festival est ancré dans des réalités politiques, au sens noble du terme », poursuit le directeur de L’Ecran. « Nous nous engageons à travers la programmation, le choix des invités. » Boris Spire estime que Saint-Denis est la ville par excellence pour accueillir une telle manifestation. « C’est la ville laboratoire du melting-pot. Traditionnellement, Saint-Denis a toujours été animée politiquement. »

Comme tout au long de l’année, L’Ecran travaille au cours du festival avec les scolaires. Des séances sont réservées aux jeunes dionysiens, « de la maternelle à l’université », précise le directeur. Parce que le cinéma est « le medium le plus subtil et le plus accessible ». Et car « c’est le plus beau miroir de la société ». Il ne reste donc qu’à choisir sa révolution, et à la suivre sur grand écran.

Thibaut Geffrotin

Infos pratiques : 
« Révolutions », 12e journées cinématographiques dionysiennes. Jusqu’au 7 février. Cinéma L’Ecran, place du Caquet, 93200 Saint-Denis. Métro Basilique de Saint-Denis (ligne 13). 01-49-33-66-88. www.estceainsi.fr Tarifs : 6€ – 5€ tarif réduit. 16€ forfait 4 séances + clôture.
Le programme complet : http://lecranstdenis.org/revolutions/calendrier/mercredi-01-fevrier.html

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Donner une autre image de la jeunesse

A peine lancées dans le métier, les deux « journalistes nomades », Daphné Gastaldi et Leïla Beratto, sont allées rouler leur bosse au Bénin et au Togo à l’assaut des clichés qui ont la peau dure.

Leïla et Daphné lors de leur premier voyage au Bénin. Crédits : Journalistes Nomades

A la fin de sa première année de master de journalisme à l’IFP, Leïla Beratto, globetrotteuse dans l’âme, a profité de la longue période estivale dévolue aux stages pour s’envoler travailler au Bénin. Elle et son amie Daphné Gastaldi, alors diplômée du DU de journalisme de l’IFP, sont parties envahir les ondes de Cap FM, de Radio Télévision Carrefour et de l’ORTB (Office de Radiodiffusion et Télévision du Bénin) de juillet à septembre 2010. Mais pas seulement. Armées de micros et d’appareils photo, elles en ont profité pour aller à la rencontre des jeunes béninois « aux expériences innovantes ». Le but : casser les clichés et restaurer l’image de cette jeunesse qui a de l’ambition à revendre et des idées plein la tête. « On lisait les journaux, on regardait la télévision, on écoutait la radio toute la journée. Dès qu’on entendait parler de quelque chose ou de quelqu’un, on notait et on passait des coups de fil. Puis on s’appelait pour partager nos informations » se souvient Leila.

En trois mois, elles ont rencontré des dizaines de ces personnes qui font avancer leur génération. A leur retour sur le sol français, elles n’ont pas tardé à monter une exposition. Constituée de onze portraits, eux mêmes composés de photographies et d’interview sonores de trois minutes, l’exposition « Couleurs Jeunes Bénin » a fait étapes à Paris, Grenoble et Antibes. Des débats ont été organisés par la même occasion avec des lycéens et des volontaires civiques pour réfléchir à l’image que chacun porte sur la jeunesse et sur l’Afrique. « On s’est dit qu’il y avait un travail important à faire en France», expliquent Leïla et Daphné qui comptent aussi brosser le portrait de jeunes français au futur prometteur.

Succès

Mais avant cela, il fallait qu’elles retournent au Bénin. Elles se sont vite rendu compte que les Béninois dénigraient eux-mêmes leur propre jeunesse. Le 20 mai 2011, elle remporte le 2e prix du concours PIEED (Prix des Initiatives Etudiantes pour l’Education au Développement) qui leur offre une bourse de 3500 euros. Deux jours plus tard elles avaient déjà leurs billets pour Cotonou et essayaient de faire rentrer le matériel de leur exposition dans leurs valises.

Crédits : Journalistes Nomades

Daphné et Leïla ont exposé et organisé des débats à l’université de Cotonou et à la mairie de Bohicon. Leur travail a porté ses fruits : « Les gens se sont rendu compte que nous nous avions compris des choses que eux n’avaient pas compris. Ils ont reconnu qu’ils accordaient très peu de valeur à leur jeunesse ».

L’aventure ne s’est pas arrêtée là. Leur exposition itinérante leur a fait rencontrer des membres d’une association togolaise qui leur a permis de s’envoler cet été pour le Togo, pays voisin du Bénin. Avec le reste de leur bourse, elle se sont retrouvés de nouveau à brosser le portrait sonore et photographique de jeunes togolais dynamiques dans une société qui partagent avec le Bénin des clichés tout aussi tenaces sur la jeunesse

Leur projet final était de monter un site internet qui servirait de plateforme multimédia pour héberger d’autres initiatives journalistes similaires. Un blog a d’abord vu le jour, « la boite à portraits » avant l’inauguration en décembre dernier de « Journalistes nomades, regards sans préjugés »

Aujourd’hui, Daphné et Leïla continuent leur petit bonhomme de chemin. Daphné au micro de Radio Rythme Bleu en Nouvelle Calédonie, et Leïla, sur le point de s’envoler pour l’Algérie en tant que correspondant pour différents médias français. Mais toutes deux continuent de faire vivre les Journalistes Nomades et attendant que de nouveaux projets voient le jour sur leur plateforme.

Elodie Corvée

Les Journalistes Nomades sur France Inter et Africa n°1

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Dernière note pour les petits labels

Dans l’industrie de la musique, il n’y a pas qu’Universal ou Sony. Il y a aussi tous ces labels indépendants qui ont bien du mal à faire le poids face à la crise du secteur.

Avec la disparition progressive des petits labels, c'est toute la diversité musicale qui est menacée. Crédits : next.liberation.fr

Il n’a jamais été facile pour les petits labels indépendants de se faire une place dans le monde impitoyable de l’industrie musicale. D’ailleurs, eux aussi sont touchés de plein fouet par la crise du disque. Le téléchargement illégal sur Internet et les sites de streaming ont inventé la gratuité de la musique. En conséquence, les labels n’arrivent plus à vendre et doivent se tourner vers la publicité et les produits dérivés pour tirer des sources de revenus suffisantes.

Les petites maisons de production ne disposent pas de ce genre de ressources et ont donc fait le choix de l’auto-financement. Label Bleu, Nocturne, Night and Day, Tripsichord… Tous ont dû mettre la clé sous la porte. La liste n’est pas exhaustive. Et ce ne sont pas les menaces d’Hadopi, souvent non suivies d’effet, qui permettront de colmater la brèche.

Producteurs de l’ombre

Voilà un an que le label de reggae Makasound a fermé ses portes. Il n’a jamais pu, depuis, reprendre le chemin des studios. Son co-fondateur, Romain Germa, avait exprimé sa colère et son désarroi dans une tribune publiée dans le journal Libération. Intitulée « Deezer, Spotify, Youtube et les autres m’ont tué », elle nous rappelle la triste réalité de ces labels qui meurent dans l’indifférence. Il explique : « Cela n’a jamais été facile pour nous. D’une manière générale, la plupart sont en situation de survie. Certains travaillent à côté.»

Le mythe des producteurs pleins aux as correspond plus à un fantasme qu’à la réalité de l’industrie musicale. Ces stars de la production musicale tels que Pascal Nègre appartiennent à une industrie qui ne produit que 5% de la création musicale. Dans l’ombre, il y a tous ces petits producteurs passionnés qui font des paris sur l’avenir.

L’aventure Makasound aura duré neuf ans. Romain Germa et son acolyte Nicolas Maslowski s’occupaient principalement de la vente et de l’exploitation des disques. Mais chaque année, « les ventes baissaient systématiquement ». Découvreur de talents, Makasound avait réussi à s’appuyer sur une poignée d’artistes bankables, tels que le groupe Java ou le chanteur Burkinabé Victor Demé. L’année 2010, moins prolifique, leur a été fatale.

« Après, même s’ils ont du succès, cela ne se transforme plus financièrement pour nous et pour les artistes car la musique est gratuite. On peut toujours se battre… », déplore Romain Germa. Du côté des artistes, la situation n’est pas plus réjouissante : « On cherche des solutions pour eux mais certains projets ne pourront pas sortir », regrette le producteur. Quant à Hadopi, il avoue ne pas savoir si cela sera un outil efficace pour lutter contre le téléchargement illégal : « Hadopi aurait dû être mis en place bien avant. Cela fait dix ans que nous subissons cette situation. »

Elodie Corvée

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Longue aventure pour un court métrage

A 28 ans, Dominique Rocher est le lauréat des Audi Talent Awards 2011 pour son court-métrage « La Vitesse du Passé ». Le film de 15 minutes raconte l’histoire d’un couple séparé par le temps après un accident. L’homme reste figé dans l’instant alors que sa femme vieillit à ses cotés. Après la diffusion du 18 au 22 décembre sur le site Audi, Dominique Rocher présente maintenant son court-métrage aux festivals du monde entier.

Dominique Rocher a de nouveau séduit le jury des Audi Talent Awards avec son court-métrage "La Vitesse du Passé". Crédits : kidclap

Comment avez-vous su allier les contraintes des consignes du concours à votre imagination?

Cette année il s’agissait de présenter un scénario à un jury et de défendre mon projet devant eux. Le thème imposé était la temporalité. J’avais déjà pensé longuement à un scénario où un couple est séparé par le temps. Elle continue de vieillir et lui reste toujours jeune. C’était tout à fait un hasard! Je me suis dit que ca correspondait bien à l’impératif donné. Et comme je connaissais bien mon scénario, j’ai su le défendre devant le jury.

Gagner un prix, est-ce indispensable pour un jeune réalisateur?

C’est en tout cas une aide considérable. Audi a plein de partenaires. Une fois mon scénario validé, ils m’ont donné les moyens de mettre mon film sur pied. J’ai bénéficié d’une excellent équipe. Les rôles principaux sont joués par Mélanie Thierry et Alban Lenoir. La musique a été composée par Etienne Forget, qui a le même âge que moi. Nous avons déjà travaillé ensemble pour plusieurs projets.

La diffusion sur le site Audi s’est terminée le 22 décembre. Que va-t-il advenir du film maintenant?

La prochaine étape pour « La vitesse du passé » est d’être vendu à une chaîne de télévision. Nous avons des accords qui sont en cours de signature avec Canal Plus, qui est le plus gros acheteur mondial de courts-métrages. En ce moment, nous sélectionnons aussi les festivals auxquels le film sera présenté. Berlin, New-York et Cannes sont trois candidatures certaines. Nous privilégions les festivals qui mènent aux Oscar. Sans être imbus de nous mêmes, nous visons simplement au plus haut, afin de faire au mieux.

Quel message souhaitez-vous faire passer avec ce court métrage?

Beaucoup de personnes m’ont dit que cela leur faisait penser à une métaphore du coma. Je pense que c’est beaucoup une réflexion sur le temps qui passe. Mes proches m’ont dit qu’ils me trouvaient un peu obsédé par ça. Je me dis que c’est très important de profiter du temps que l’on a.

Quelles ont été vos sources d’inspirations pour cette histoire fantastique?

Pour ce court métrage je me suis inspiré de la poésie et de la science. Il y a eu en Suisse en 2007 la mise en marche d’un accélérateur de particules. A ce moment là, les horloges atomiques aux alentours se sont ralenties. Je me suis alors imaginé que le temps puisse séparer deux personnes. La femme est bloquée dans le temps qui attend son amoureux alors que pour lui cela ne dure que quelques secondes. On pourrait rapprocher cela du livre « Le Grand Secret de Barjavel », qui parle d’un virus qui rend les gens immortels. Mais à part ca, je m’inspire beaucoup de films fantastiques comme « The Eternal Sunshine Of The Spotless Mind » ou « Dans la Peau de John Malkovitch ».

Souhaitez-vous rester dans le monde des courts-métrages?

Non, à terme, je voudrais me lancer dans les longs-métrages. Mais cela n’est pas facile. Pour un jeune réalisateur, le but est de créer plusieurs courts-métrages. Après avoir écrit un scénario, il faut environ deux ans pour trouver des financements solides auprès de la région et du Centre National de la Cinématographie. Avec 80 000, on peut envisager de commencer à tourner. Après avoir fait quelques films de ce type, c’est un peu comme si on obtenait un passeport pour pouvoir faire de longs-métrages.

Coralie Lemke

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Vendre des BD, une histoire d’expérience et de sensibilité

Une passion nommée bande-dessinée . Crédits : le Cercle de l'Info

Au rayon des boutiques un peu particulières, il y a la librairie. Celle façonnée avec amour par des passionnés qui en oublient parfois qu’ils exercent un métier. Exemple au Petit Roi, une boutique parisienne de bandes dessinées.

Au 39 passage Jouffroy à Paris, des bacs en bois remplis de vieux livres d’illustrations incitent les piétons à ralentir un instant. Certains s’arrêtent, regardent, et se décident à franchir le pas de la porte vitrée de la librairie Petit Roi. Il faut les suivre à l’intérieur pour découvrir un univers à part, celui des albums un peu oubliés et des grandes collections de bandes dessinées.

Christian Journé, le patron, a décidé d’ouvrir la boutique en octobre 2009, accompagné de Claire et Louis, les vendeurs. Comme eux, Christian est passé par les Quais de Seine, où il a travaillé comme libraire. Puis son stock s’est agrandi, son expérience et son ambition aussi. Il a décidé de se mettre à son compte. S’il ne s’était pas lancé, ce sexagénaire à la barbe blanche et à l’air un peu rêveur, ancien professeur de mathématiques et de tennis, l’aurait « regretté toute sa vie ».

Une dizaine de clients potentiels entrent au compte-goutte. D’abord intimidés par les hautes étagères en bois de chêne, ceux à la recherche d’un ouvrage particulier viennent se renseigner auprès des vendeurs. D’autres repartent les mains vides. Un jeune homme fouille pendant une heure parmi les quelques 120 000 bandes dessinées soigneusement classées. Il s’en va, l’air comblé, avec trois albums à la main. Pas ceux qu’il était venu chercher.

Au Petit Roi, c’est la passion de la bande dessinée qui parle. On s’intéresse au client et on le conseille selon ses propres goûts, sans forcer. « Ce que nous cherchons, ce n’est pas le billet de banque. L’argent n’est que la concrétisation d’un acte de vente », affirme Christian.

Lui et Louis peuvent s’appuyer sur une longue expérience de la bande dessinée. Tous deux ont commencé leur collection à l’adolescence, et essayent de rassembler des albums transversaux, pour répondre aux goûts des acheteurs. « Quand on choisit les ouvrages que l’on va vendre, on ne peut parier sur rien car il n’y a pas de client identique. On le fait selon notre expérience et notre sensibilité, en sachant qu’ils ne seront peut-être pas tous vendus », explique Louis, positif.

Dans ce métier, il faut savoir rester optimiste. Les ventes sont en baisse, et la crise économique et Internet ne viennent pas faciliter la tâche des petits libraires. Au Petit Roi, on admet que les conditions de travail sont parfois délicates : « Je ne suis pas au sommet de la Tour Eiffel, mais je m’en sors bien», avoue Louis, avec un sourire timide. Christian, lui, vient de remonter le moral à un collègue libraire. « Il est au trente-sixième dessous. C’est difficile de vivre de sa passion, admet le sexagénaire. Moi, je ne gagne même pas un salaire ».

Dans cette « lutte sans merci », il faut parfois se rappeler qu’on est aussi commerçant. « Il ne suffit pas d’aimer, concède Christian. J’ai dû me mettre aux papiers, à la gestion, sinon on coule ». Pourtant, le patron du Petit Roi refuse d’être blasé : « Malgré les difficultés, il faut toujours savoir être content de la rencontre du client, et de la pièce d’art qu’on lui vend ». 

Morgann Jezequel

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Time Out : Du temps perdu

Le réalisateur de "Bienvenue à Gattaca" part d'une bonne idée mais la sous-exploite. Crédits : Nicolinux.fr

Quand le temps remplace l’argent, comment survivre ? Telle est la question que se pose le scénariste Andrew Niccol dans son film d’anticipation Time Out. Si le scénario est bon, il est mal exploité. Les questions éthico-philosophiques sont remplacées par des scènes d’action moyennes. A voir seulement en possession d’une carte de cinéma illimité.

Dans le futur proche de Time Out, les hommes sont génétiquement modifiés pour cesser de vieillir à 25 ans. Ils ne sont pourtant pas éternels. En effet, l’argent n’existe plus, il a été remplacé par du temps. On paye son loyer, sa nourriture et ses trajets avec des minutes et des heures. Le temps qu’il reste à chacun est inscrit sur une montre digitale incrustée sur l’avant-bras. Pour les pauvres, le crédit est de 24 heures : soit ils économisent leur temps, soit ils meurent.

Will Salas (Justin Timberlake) fait partie de ces nécessiteux en manque de temps. Un soir, il sauve la vie d’un homme riche d’une centaine d’années, qui le remercie en lui donnant l’intégralité de son temps. Will Salas décide de rejoindre les quartiers prospères. Il y rencontre Sylvia, la fille d’un richissime banquier temporel. Mais les gardiens du temps soupçonnent le jeune homme d’avoir dépouillé son bienfaiteur et le traquent. Il s’enfuie et prend Sylvia en otage. Lors de leur cavale, ils tombent amoureux. Dégoûtés par les injustices de leur monde, ils dévalisent des banques et distribuent du temps aux pauvres.

Les premières minutes du film sont réjouissantes. Le portrait dressé de cette société capitaliste fondée sur le temps est un parallèle direct avec les marchés de notre propre système. Mais Andrew Niccol n’exploite pas son scénario. Il s’enlise dans des scènes de poursuite entre les gardiens du temps et Will Salas. Son histoire d’amour est banale, attendue. Le personnage de Sylvia, joué par Amanda Seyfried, est d’ailleurs de trop. La fille à papa gâtée qui décide de passer du côté des rebelles pour donner aux pauvres est un poncif qu’Andrew Niccol aurait dû nous épargner.

Le problème de Time Out c’est que le sentiment de révolte n’y est pas. Le héros connaît les injustices de sa société et veut y remédier, mais nous ne sommes pas entraînés par cette fausse course contre la montre. Will et Sylvia passent les trois quarts du film à vider leur compteur de temps, le remplir à nouveau, être à deux secondes de mourir, etc. C’est ennuyeux et c’est dommage. Andrew Niccol avait l’expérience, et le temps, pour faire un bon film d’anticipation mais c’est raté. Comme le temps c’est de l’argent, gardez le(s) vôtre(s) en évitant ce film.

Anne-Sophie Warmont

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