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Roule, roule galette… jusqu’au Japon

La fève "made in France" est en passe de disparaître. Crédits : Le Cercle de l'info)

Alors que le XXème salon mondial des collectionneurs de fèves se tenait dimanche à Paris, les puristes de la frangipane regrettent la stratégie marketing adoptée par certains pâtissiers pour augmenter leur chiffre d’affaires. Fèves en série, couronne Swarovsky, vente à l’étranger… Tous les moyens sont bons pour ajouter du beurre dans… les galettes.

« La galette est le produit le plus rentable pour un pâtissier » confie Thierry Storme, l’organisateur du Salon. « Que ce soit grâce au gâteau en lui-même ou à la fève, certains ne perdent pas une occasion de se faire de l’argent ». Monique Joannès, fabophile depuis 50 ans (oui, les collectionneurs de fèves portent un nom !) déplore ce phénomène : « Tout a commencé dans les années 90, quand les pâtissiers ont décidé de faire personnaliser leurs fèves. Les figurines à l’effigie des héros de Disney apparaissent à cette époque. Les ventes se multiplient car les amateurs de galette cherchent à obtenir la série complète de leurs personnages préférés. Puis dans les années 2000, la traditionnelle frangipane a dû s’effacer pour laisser place au chocolat, à la pomme ou même à la mangue. Les pâtissiers innovent pour toucher la clientèle la plus large possible ».

« Lacoste vend des fringues, pas de la galette »

Depuis peu, le concept de fève gagnante leur permet d’attirer toujours plus de monde. Cette année par exemple, un pâtissier de Seine-et-Marne a glissé deux fèves en or dans ses galettes, d’une valeur de 200 euros chacune. Alors qu’à Lens, une véritable couronne sertie de cristaux Swarovsky était mise en jeu. Pour M. Storme, cette course à l’originalité « c’est de la foutaise qui ne sert qu’à faire un gros coup de publicité ». A l’instar de Sonia Rykiel qui a créé sa propre galette pour un palace monégasque fin 2011, Lacoste s’est associé avec le célèbre traiteur Lenôtre pour commercialiser cette année la CrocoChoc, une galette des Rois en forme de crocodile, vendue 55 euros pièce. M. Storme s’indigne : « Lacoste vend des fringues, pas de la galette ».

Mais la dernière nouveauté à laquelle doit faire face la traditionnelle galette française est l’émergence du marché japonais. Aussi incroyable que cela puisse paraître, les Nippons deviennent friands du célèbre gâteau, découvert grâce à de grands pâtissiers comme Pierre Hermé qui ont ouvert des boutiques au Japon. On reproche cependant au célèbre chef de ne pas respecter la tradition française en proposant une galette avec un goût différent tous les mois. Les Japonais peuvent ainsi en déguster à n’importe quel moment de l’année et la tradition de l’Épiphanie se perd complètement. Sachiyo Nakahura, une japonaise arrivée spécialement de Tokyo pour le Salon confirme : « Nous mangeons de la galette aussi bien en août qu’au Nouvel An, il nous suffit d’aller chez Paul ou Ladurée pour en acheter une ».

« 95% des fèves proviennent d’Asie »

Cette exportation du savoir-faire français énerve M. Colas, artisan en faïencerie : « C’est révoltant. Les grands pâtissiers qui vantent leur image de luxe et de tradition française à l’étranger pour afficher des prix exorbitants me dégoutent. Ils vendent leurs galettes 50 euros pièce mais par contre jamais ils ne payeront une fève 10 centimes de plus pour qu’elle soit fabriquée en France de façon artisanale. Il faut savoir qu’aujourd’hui, 95% des fèves proviennent d’Asie. Nous ne sommes plus que trois ou quatre artisans dans tout le pays ». Ce faïencier produit 300 000 figurines par an et il estime à 70 millions le nombre de galettes vendues sur la même période, et autant de fèves. Alors qu’il explique son désarroi, au stand voisin, un jeune japonais photographie les fèves une à une. M.Colas soupire.

Eleonore Friess

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Scorsese, horloger du 7ème art

Le cinéaste américain rompt complètement avec ses précédents films et renoue avec le cinéma d'antan. Crédits : Allociné.fr

Avec Hugo Cabret, son dernier film, le cinéaste Martin Scorsese invite les spectateurs dans un voyage au coeur du cinéma et de l’homme. Un film puissant et tout public qui vous clouera à vos fauteuils. A voir – pour une fois – en 3D.

« Si un jour tu te demandes où sont fabriqués les rêves, chuchote Georges Méliès, c’est ici ».
Derrière ce barbu déguisé en homard, une sirène à l’épaisse chevelure scintille et un dragon de bois crache des étincelles. Des mélomanes perdent leurs têtes, des squelettes disparaissent dans une épaisse fumée et une lune reçoit une fusée en plein œil. Nous sommes à Paris, aux balbutiements du cinéma. En ce début du XXe siècle, les spectateurs hurlent d’effroi en voyant sur l’écran un train arriver en gare. Les réalisateurs sont alors des bricoleurs, des horlogers bidouillant un art nouveau. Mais après la première guerre mondiale, Méliès, génie du cinéma, ne parvient plus séduire son public, traumatisé par les images cauchemardesques des tranchées. Fou de désespoir, le magicien brûle ses décors, anéantit ses bobines et tombe dans la dépression. Une tristesse dans laquelle refuse de le voir sombrer Brian Selznick, auteur du livre L’invention d’Hugo Cabret (2007), et dont Martin Scorsese nous livre son adaptation.

Hugo Cabret est plus qu’un conte de Noël sauce Hollywoodisney. C’est une ode au cinéma, aux mains dans le cambouis et à la tête dans les étoiles. L’histoire d’un petit homme, tout juste orphelin, qui vit dans une gare où se croisent des gardes estropiés, des vieux amoureux canins, une jolie fleuriste et une passionnée de romanesque. Un garçon qui veut réparer un automate et qui, avec l’aide d’une clé en cœur, réparera un vieillard blessé par la déception. Pas de larmes inutiles, pas de fausses notes : aucune émotion n’est de trop, un peu comme « une pièce dans une machine » dirait Hugo en fixant la caméra de ses yeux ciel. Un film pudique et magique sur la quête de soi, l’évasion artistique et la persévérance, qui fera remonter en vous l’envie d’imaginer et de créer.

Mais la plus grande réussite de Scorsese, c’est la réalisation d’une extraordinaire machine à voyager dans le temps. Des vieilles images du pionnier des trucages sont transposées en 3D, une technique qui prend -enfin- tout son sens. Elle fera tomber des flocons de neige sur le bout de votre nez, surgir des trains fous et pleurer des lunes blessées au-dessus de vos têtes. Méliès avait le goût des décors en relief; d’un coup de baguette, Scorsese les fait renaître de leurs cendres et sortir des écrans. Deux époques, deux passionnés, rassemblés en un seul film au nom du septième art. Alors, ne vous fiez pas à l’affiche et à la bande-annonce très commerciales, plongez dans un voyage à couper le souffle en plein coeur du cinéma et rêvez.

Julie Reynié

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