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« Bloquer le prix de l’essence reste très compliqué »

Yves-Marie Dalibard est l’ex-dir’com’ de Total. Crédits : Top Com

« Les taxes pétrolières représentent la quatrième recette fiscale de l’État ». Le porte-parole de l’Union française des industries pétrolières (Ufip), Yves-Marie Dalibard, ne voit pas quel geste pourrait faire l’État en faveur des automobilistes. Le prix à la pompe atteint pourtant des records. Comptez 1€60 pour le litre de sans plomb 98, 1€56 le sans plomb 95 et 1€40 le gazole.

Comment l’essence a-t-elle pu atteindre de tels prix ?

Ce record est avant tout lié au prix du pétrole en hausse pour des raisons géopolitiques. C’est la traduction des tensions qui existent entre l’Union européenne et l’Iran. L’embargo pétrolier de Bruxelles sur Téhéran se traduit sur les prix. La relative faiblesse de l’euro par rapport au dollar est également à l’origine de cette hausse. Actuellement, un euro vaut un dollar et trente cents. Pour acheter les barils en dollars, il faut donc davantage d’euros. Un baril vaut aujourd’hui 89 €. On se rapproche des 91 € le baril, le maximum atteint en 2008.

L’arrêt de trois raffineries Petroplus, qui produisaient 400 000 barils par jour, a-t-il eu, aussi, un effet ?

Cette réduction de capacités a joué, en effet, sur les prix. C’est une explication supplémentaire de ce phénomène.

Peut-on bloquer le prix de l’essence, comme l’a demandé le candidat PS François Hollande ?

Bloquer les prix de l’essence reste très compliqué. Le prix vient de la production et des taxes. Notre pays n’a pas la possibilité de bloquer le prix du pétrole. Le marché mondial trouve toujours des acheteurs, il n’a pas besoin de nous. Par ailleurs, l’Etat arbitre les taxes mais il doit jongler entre la préservation du pouvoir d’achat et le maintien de ses ressources. Or les taxes pétrolières représentent la quatrième recette fiscale de l’Etat.

En 1991, Pierre Bérégovoy avait bloqué ces prix. Pourquoi pas en 2012 ?

L’État a arrêté car la mesure a coûté près de 2,5 milliards d’euros. Les gouvernants ne recommenceront pas, car ils ne peuvent se priver de cette ressource fiscale.

En avril dernier, sur Publicsenat.fr, l’économiste de l’énergie, Jean-Marie Chevalier, avait évoqué l’idée d’un « chèque essence ». Qu’en pensez-vous ?

Instituer un « chèque essence » reviendrait à aider certains automobilistes à moins payer. Cela me rappelle les tarifs sociaux mis en place pour l’électricité et le gaz. Le risque est que cela ne profite qu’à trop peu de contribuables et fasse payer les autres.

César Armand

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A Saint-Denis, révolutions sur grand écran

Jusqu’au 7 février, le cinéma L’Ecran à Saint-Denis (93) propose une programmation exceptionnelle sur la thématique des révolutions dans le monde.

L'affiche du festival est inspiré d'un personnage du film "Les Chants de Mandrin", diffusé lundi 6. Crédits : Cinéma L'Ecran

« Est-ce ainsi que les hommes vivent ? », s’interrogeait Louis Aragon, célèbre poète du XXe siècle. Depuis l’an 2000, le cinéma L’Ecran a pris le relais, à Saint-Denis (93). Pour la 12e année consécutive, le cinéma d’art et d’essai dionysien s’interroge sur des grandes questions de société à travers des films actuels ou anciens, pendant une semaine. En 2009, le festival avait réagi à l’élection de Barack Obama à la présidence américaine en présentant une thématique « Black Revolution ».

En 2012, un fil rouge s’imposait : le Printemps arabe. Pendant une semaine et 70 films, le festival s’intéresse à toutes les révolutions, grâce au formidable point de départ des soulèvements nord-africains. « Nous voulons jeter un regard sur la manière de parler des cinéastes pendant les révolutions », explique Boris Spire, directeur de L’Ecran depuis 2004.

Les révoltes cubaine, russe, hongroise ou mexicaine sont notamment au programme. La France aussi, avec La Marseillaise de Jean Renoir (1937), qui raconte l’engagement de jeunes provençaux dans la Révolution française de 1789. Ou Grands soirs et petits matins (1968-78), qui se concentre sur Mai 68. William Klein, le réalisateur, rencontrera le public de L’Ecran vendredi soir, après la diffusion de son film (20h15).

Le Bon, la Brute et le Truand version égyptienne

Le cinéma étranger s’attarde également sur les révolutions françaises. L’Américain David W.Griffith conte la vie de deux orphelines quelque temps avant la Révolution, dans Orphans of the Storm (1921). Les Russes Kosintsev et Trauberg se sont intéressés au Paris de 1870 avec la naissance de la Commune insurrectionnelle, dans La Nouvelle Babylone.

Samedi après-midi, Le Bon, la Brute et le Truand version égyptienne. Pendant une heure et demie, un documentaire (Tahrir 2011) découpé en trois séquences : The Good décrypte l’action des révolutionnaires, The Bad se concentre sur les méthodes de répression de la police, alors que The Politician s’occupe de la personnalité du dictateur déchu, Hosni Moubarak.

Samedi soir, l’Association du cinéma euro-arabe propose 16 courts-métrages sur le Printemps arabe. Certains sont des work in progress, c’est-à-dire qu’ils sont en cours de réalisation, comme Brûlures de Farah Khadhar qui s’interroge sur les conséquences de la révolution tunisienne, ou Yémen : La révolution au féminin de Khadija Al-Salami. Le collectif syrien Abounaddara signe une série de sept court-métrages, alors que révolte et répression sont toujours au cœur du quotidien du peuple de Syrie.

Résonnance des révolutions, de la Bastille à Tahrir

« Ces films sont l’illustration du renouvellement cinématographique », explique Boris Spire. Des images souvent captées avec «  de petites caméras, des téléphones ».

Jeudi soir, la société iranienne et le régime d’Ahmadinejad étaient au centre des débats avec Iran About et Fragments d’une révolution. Des témoignages et vidéos anonymes racontaient le soulèvement de 2009 en le rapprochant avec celui de 1979. Un peu plus tôt, c’était la Roumanie de Ceaucescu.

"Il était une fois la révolution", de Sergio Leone, sera diffusé dimanche soir. DR

La force de ce festival est de mettre en résonnance plusieurs mouvements de divers pays, diverses époques. Le 89 arabe, livre de Benjamin Stora et Edwy Plenel, sera l’objet d’une table ronde, dimanche soir, autour des deux auteurs et des liens entre le 89 de la Bastille, le 89 du Mur de Berlin et les révolutions arabes.

« Le festival est ancré dans des réalités politiques, au sens noble du terme », poursuit le directeur de L’Ecran. « Nous nous engageons à travers la programmation, le choix des invités. » Boris Spire estime que Saint-Denis est la ville par excellence pour accueillir une telle manifestation. « C’est la ville laboratoire du melting-pot. Traditionnellement, Saint-Denis a toujours été animée politiquement. »

Comme tout au long de l’année, L’Ecran travaille au cours du festival avec les scolaires. Des séances sont réservées aux jeunes dionysiens, « de la maternelle à l’université », précise le directeur. Parce que le cinéma est « le medium le plus subtil et le plus accessible ». Et car « c’est le plus beau miroir de la société ». Il ne reste donc qu’à choisir sa révolution, et à la suivre sur grand écran.

Thibaut Geffrotin

Infos pratiques : 
« Révolutions », 12e journées cinématographiques dionysiennes. Jusqu’au 7 février. Cinéma L’Ecran, place du Caquet, 93200 Saint-Denis. Métro Basilique de Saint-Denis (ligne 13). 01-49-33-66-88. www.estceainsi.fr Tarifs : 6€ – 5€ tarif réduit. 16€ forfait 4 séances + clôture.
Le programme complet : http://lecranstdenis.org/revolutions/calendrier/mercredi-01-fevrier.html

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