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Les addictions cachent parfois des envies suicidaires

Addictions et suicides, deux phénomènes qui touchent particulièrement les jeunes générations. Alors qu’ils étaient étudiés et traités sur deux plans différents, des récentes études ont démontré qu’addictions rimaient souvent avec risques suicidaires.

Les filles sont les plus touchées par les phénomènes d’addictions et les tentatives suicidaires. Crédits : Europe1

Le suicide est la deuxième cause de mortalité parmi les 15-24 ans après les accidents de la route. Le mal-être psychique, un mal fréquemment répandu parmi les jeunes, en particulier à l’adolescence, est généralement mis en avant pour expliquer et déceler les tendances suicidaires. Mais un autre facteur entre aussi en compte : les addictions.

Toxicomanies, alcoolisme, boulimie, jeu pathologique, conduites de risque, achats compulsifs, excès de dépense physique ou de travail… tout comportement de dépendance peut en effet être un signe avant coureur. La désinhibition qu’entraîne l’usage de produits tels que l’alcool ou le cannabis, particulièrement prisés par les jeunes, favoriserait même le passage à l’acte.

Prise en compte tardive

En 2008, la revue Addictions constatait que le rapport entre toxicomanie et suicide avait été encore très peu étudié en France. Françoise Facy, épidémiologue et vice-présidente de l’Union Nationale de la Prévention du Suicide, l’explique par le « tabou » qu’entoure depuis toujours le suicide. « Il a longtemps été condamné. On considérait que celui qui échappe à la vie fuyait ses obligations sociales. Cette condamnation existe encore aujourd’hui » déplore t-elle.

Mais depuis quelques années, les professionnels de santé mentale mènent des actions et des études pour comprendre les facteurs de risques. Les phénomènes d’addiction y ont pris place au même titre que les troubles psychiques.

Les troubles psychiques et compulsifs sont en fait indissociés les uns des autres. « Les Nord Américains appellent ça la co-morbidité« , explique François Façy. « Ce sont deux types de souffrance simultanées.« 

Des profils différents

« Les évènements de la vie, les parcours de chacun font qu’il n’y a pas de schéma unique, bien que les filles et les garçons se démarquent les uns des autres » ajoute Françoise Facy. Le suicide est un phénomène plutôt masculin, tandis que les filles, qui manifestent plus de comportements compulsifs, ne dépassent pas généralement la tentative. « Statistiquement, les risques de tentative de suicide précèdent les abus de drogues et d’alcool chez les filles, précise François Facy, alors que les risques de suicide sont consécutifs aux abus et dépendance aux produits pour les garçons« .

Mais « il est compliqué de déterminer l’antériorité d’un risque par rapport à l’autre« . On considérera plutôt « les successions chronologiques de risques » pour tenter de comprendre les raisons du suicide.

Seule certitude : « la nécessité que les professionnels de santé soient formés sur les phénomènes de co-morbidité » pour non seulement comprendre, mais aussi apporter des solutions thérapeutiques et préventives.

Elodie Corvée

A lire sur Bandes de Jeunes, le site des étudiants de M2 de journalisme de l’IFP

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A Paris, un seul centre de soins pour les jeunes

L’Espace Santé Jeunes Guy Môquet à Paris est le seul centre dédié aux jeunes et au traitement de leurs maux physiques. Tous les autres s’occupent exclusivement à leur bien être mental.

Le centre traite près de 900 nouveaux dossiers chaque année. Crédits : le Cercle de l'Info

« Avec l’Espace Santé Jeunes, je savais que je répondais à un besoin énorme », explique le Docteur Vernant. A savoir : apporter aux jeunes des services de soins et de traitements dans un centre qui leur est dédié.

Lorsqu’à la fin des années 1990 elle créé un centre de consultations sans rendez-vous à l’Hôtel Dieu, sur le modèle des PASS (permanences d’accès aux soins de santé), ces cellules de prise en charge médico-sociale pour les personnes démunies, elle se rend compte que peu de jeunes font partie de ses patients.

Elle se rend alors dans les collèges et les lycées pour se faire une idée de la santé des jeunes. Elle y consacre deux journées par semaine et examine près de 300 jeunes patients. Elle constate alors « l’état physique lamentable des jeunes ».

Elle soumet son rapport à l’AP-HP (Assistance Publique – Hôpitaux de Paris) dans l’idée d’ouvrir son centre exclusivement aux jeunes. La direction de l’hôpital lui déconseille. « On m’a dit que je marchais sur les pieds de Mme Chirac. » L’ancienne première dame de France avait en effet pour projet de créer les Maisons des Adolescents, telle que l’actuelle Maison de Solenn. « Mais cela n’avait rien à voir ! » Alors que Bernadette Chirac se focalisait sur les troubles du comportement, Dinah Vernant désirait créer un centre dédié au traitement des maux purement physiques.

Un service unique

Un projet totalement inédit car les centres consacrés à la santé des jeunes n’offrent que des services d’accueil, d’écoute, d’information et d’orientation. « Nous avons conçu le service comme celui de la protection maternelle et infantile, où les enfants sont suivis médicalement jusqu’à l’âge de six ans. »

Crédits : le Cercle de l'Info

C’est en remportant des appels d’offre qu’elle a pu mettre en place l’Espace Santé Jeunes Guy Môquet. Tous ses patients lui sont adressés par les membres du réseau qu’elle a constitué au fil des années autour du centre : médecins, infirmières et aides scolaires, éducateurs, associations… En dix ans, le nombre de nouvelles consultations a été multiplié par dix, passant de 495 en 2001 à 4.946 en 2011. Chaque année, le centre enregistre plus de 900 nouvelles visites.

Dinah Vernant souhaiterait doter chaque département de ce type de structure. Mais elle n’y parvient pas. Selon elle, peu de médecins sont prêts à s’engager dans « ce type de médecine ».

La jeunesse étant l’un des sujets centraux de la campagne présidentielle, les candidats s’inspireraient bien de cette initiative. François Hollande est même nommément invité par Dinah Verant à venir à la rencontre des jeunes à l’Espace Guy Môquet.

Elodie Corvée

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Santé des jeunes : la prévention ne fait pas tout

Les services de santé offerts aux jeunes s’occupent trop de leur bien-être psychologique, en oubliant souvent de prendre en compte leur mal être physique.

Crédits : actumed20.blogspot.com

Pour les jeunes, l’entrée dans la vie adulte se fait souvent aux dépens de la santé. Beaucoup n’ont pas le réflexe d’aller consulter par eux-mêmes. Ni les moyens. Ils sont nombreux à se rendre aux urgences au dernier moment, quand la situation devient critique. Quant aux mineurs, ils doivent obligatoirement passer par le biais de leurs parents. Leur désir d’autonomisation et les tabous liés à la découverte du corps les freinent souvent pour parler et faire les démarches.

En 2008, la ministre de la Santé, de la Jeunesse et des Sports, Roselyne Bachelot, a lancé un plan « santé des jeunes » destiné aux 16-25 ans. Mais plutôt que d’améliorer l’accès à proprement parler aux traitements, il vise surtout à inciter les jeunes à prendre soin de leur santé en adoptant les bonnes attitudes. En d’autres termes : la prévention plutôt que le traitement.

Les mesures préconisées se focalisent par ailleurs sur les conduites à risque ou les troubles psychologiques. « La consommation de drogue, les nouvelles formes d’alcoolisation, le taux de suicide important ou encore les troubles du comportement alimentaire comme l’anorexie, sont de nombreux indicateurs inquiétants chez les jeunes » a expliqué la ministre à la maison des adolescents de l’hôpital d’Avicenne à Bobigny lors de la présentation de ce plan.

Soigner le corps d’abord

Problème : en se focalisant sur ce genre de pathologies, la ministre oublie que les jeunes souffrent eux aussi de maux physiques.

C’est dans l’optique d’offrir de vrais services de médecine que le Dr Dinah Vernant a créé à Paris un Espace Santé Jeune intégré dans le système hospitalier de l’Hôtel Dieu. A la différence des autres centres de santé dédiés aux jeunes, qui n’offrent qu’écoute et information dans le domaine de la santé psychologique, l’Espace Santé Jeune Guy Mocquet se place dans la « prise en charge ».

Au début destiné aux personnes vivant dans la précarité, le centre s’est rapidement tourné exclusivement vers les jeunes.

« Je n’y voyais aucun jeune. Cela voulait-il dire que tout était fait pour eux ? » s’est interrogée le docteur Vernand. En menant sa petite enquête, elle s’est vite rendue compte que tout passait par la pédiatrie, pas vraiment adaptée pour les adolescents et jeunes adultes. En milieu scolaire, les médecins étaient peu nombreux et les infirmières débordées. Résultat : « la santé des jeunes était dans une situation catastrophique ».

L’Espace Jeune de l’Hôtel Dieu offre donc des soins en médecine générale, en ophtalmologie ou encore en gynécologie. Les patients sont redirigés vers l’hospitalisation en cas de situation médicale grave.

Les adultes ne devraient pas se préoccuper exclusivement de la santé psychologique des jeunes, juge le docteur Vernand. « On ne ferait jamais ça à un adulte. On s’occupe d’abord de la santé physique avant de s’attacher aux troubles mentaux. »

Elodie Corvée

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